Son enfant est surdoué… Mais bien sûr !

Votre enfant vous parle de cubes, de symboles et de suites de chiffres à répéter à l’envers en sortant d’un rendez-vous avec un psychologue. Vous l’avez donc emmené passer un test de QI. Le résultat est tombé, votre enfant est surdoué (ceci n’est pas un gros mot !). 

La réaction première face à la douance, quand on ne l’a pas vécu ressemble à peu près à « Ho mais c’est génial, tout va bien se passer pour ton enfant », quand la personne se veut bienveillante et à « C’est bon, tu ne vas pas te plaindre en plus ! », quand elle l’est un peu moins. 

Sauf que, pour un parent d’enfant précoce, le dont c’est un « oui, mais… » ou un « oui, sauf que… ». La précocité est un cadeau pour qui vit dans le monde des bisounours et dort sur un nuage avec un arc en ciel pour veilleuse. Ce n’est pas le cas des parents d’enfants surdoués. 

Voyons un peu pourquoi. 

Pour commencer, il est important de rappeler que 70 % des élèves surdoués sont en échecs scolaire ou passent inaperçus. En général, ils quitteront l’école au plus avec le bac en poche. 

30% feront des études secondaires mais tous n’iront pas au bout.

Rien que ces statistiques devraient permettre d’expliquer qu’un parent d’enfant précoce ait un minimum le droit à son « oui, mais… ».

Tu ne le savais pas ? hé bien maintenant oui. 

Cela dit, le risque d’échec dans le système scolaire classique n’est pas le seul facteur d’inquiétude pour un parent de surdoué.

La fatigue, l’angoisse, le manque de confiance en soi, la remise en question perpétuelle du monde environnant, des règles, le cerveau qui ne déconnecte jamais et le corps qui traduit. Un cerveau capable d’assimiler une quantité de savoir phénoménale avec la capacité de gestion émotionnelle égale à sont age. Imagine un peu le cerveau d’un enfant de 7 ans dans le corps d’un enfant de 3 ans. 

C’est comme ça que tu verras un enfant de 3 ans te conter l’histoire des dinosaures et se mettre à hurler deux minutes après parce que tu auras touché son jouet.

Laisse moi te narrer une histoire de fatigue. 

Il y a deux ans, j’ai eu un accident de voiture. Un 4*4 qui roulait trop vite a écrabouillé ma classe A. Je n’ai rien eu et j’étais seule dans la voiture. Ma fille de 5 ans me demande où est ma voiture. Je lui explique donc gentiment que j’ai eu un petit accident et que la voiture est kapput. Rappelons que je suis devant elle et qu’elle voit bien que je n’ai absolument rien. Elle demande à voir une photo de la voiture, on la lui montre puisqu’elle n’avait rien de particulier visible hormi de la tole très froissée.

Nous n’avons pas dormi pendant les 3 mois qui ont suivi. Elle se réveillait 3 ou 4 fois par nuit. Il était impossible de la laisser où que ce soit, elle faisait des crises de larmes dès qu’elle devait nous quitter. La déposer à l’école, qu’elle adorait pourtant, prenait une éternité et son éducatrice (école montessori) la voyait arriver chaque matin en larme et refusant de rentrer dans la salle. Les cours de danse étaient, eux aussi devenus un enfer. Elle pleurait pour ne pas y aller alors qu’elle ne raterait un cours pour rien au monde et adore sa prof. Il est arrivé que nous repartions alors qu’elle était en tenue, parce qu’elle refusait de rentrer dans la salle, prise de panique et sanglotant. Si par magie elle y rentrait, il fallait que je promette de rester devant la porte pendant toute la durée du cours. C’était la même chose dans tous les endroits où elle avait l’habitude d’aller et qu’elle adorait. 

Après 3 mois à essayer tout ce qu’on pouvait, et absolument épuisés par le manque de sommeil, Nous avons décidé de l’emmener chez un psychologue connaissant bien les enfants précoces. 

A la deuxième séance, elle m’a dit: « Madame, votre fille va très bien, je n’aurai plus besoin de la voir. Elle avait juste peur que vous mourriez, son père et vous, si elle ne vous avait pas dans son champs de vision. On en a discuté, tout venait de votre accident de voiture. »

3 mois sans sommeil pour de la tole froissée m’auront permis de savoir que, si ma fille ne dort pas, c’est qu’un problème la turlupine. Quand ça s’est reproduit et que les réveils ont recommencé à être nombreux, j’ai su qu’un problème pointait le nez. Il venait de l’école, elle en a changé un mois plus tard et le sommeil est revenu le soir même !

Les précoces sont des enfants différents. Leur cerveau fonctionne différemment et leurs réactions sont différentes des celles des autres enfants de leur age. La sensibilité est exacerbée. 

Leur pire ennemi, c’est l’ennui. Un précoce qui s’ennuie est un précoce en danger. Si son cerveau n’est pas nourri, il peut se transformer en ce qui est souvent qualifié d’ « enfant mal élevé » ou de «petit monstre » (bonjour la bienveillance !).

Être parent d’enfant surdoué, c’est combattre les préjugés sur plusieurs fronts.

  • Il y a celui où les gens sont surpris que ton enfant ne soit pas prix nobel de chimie à 8 ans. Hé bien, c’est une génie oui ou non ? 
  • Il y a celui des neuro-sceptiques: « Ho, de toutes façons maintenant, dès qu’un enfant pose des problèmes, les parents disent qu’il est surdoué, c’est une mode. »
  • Il y a le front de la perfection en tous points: «  Non mais il est dyslexique et il n’est pas excellent dans tous les domaines, il ne peut pas être surdoué. »
  • Il y a le front de la science infuse: « N’importe quoi, il est pas précoce, il ne sait pas tout, il a besoin d’apprendre comme les autres. »
  • Il y a le front des ralentisseurs: « Empêchez le d’apprendre à lire même s’il fait des crises de frustration, il est trop jeune. »
  • Il y a le front de la jalousie: «  Non mais dites donc, pourquoi son enfant a sauté une classe et pas le mien ? »

Des fronts, il y en a autant qu’il y a de parent d’enfant différent. Tout simplement parce que chaque enfant différent l’est par rapport à la norme établie mais aussi par rapport aux autres enfants différents. 

Alors je ne vous demande pas de plaindre les parents qui vous semblent exténués parce que vous l’êtes probablement aussi. Je voudrai juste qu’on arrête de regarder de haut une maman, qui essaie d’aider son enfant à s’intégrer socialement, ou un papa, qui se bat pour un saut de classe parce que son enfant décroche à cause de l’ennuie. Ils ne font pas ça pour vous embêter ou parce qu’ils veulent se vanter, ils le font parce que, comme vous, ils s’inquiètent pour leur enfant.

Notre monde est pensé de manière globale pour coller au maximum de personnes. Mais peut-être pouvons-nous le faire évoluer, pour que chacun y trouve sa place et que les enfants différents puissent être eux-même: des enfants avant tout.

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